[URGENT] Petite Église MOURANTE recherche GRAND-PARENTS

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Petite Église MOURANTE recherche URGEMMENT des GRANDS-PARENTS pour lui permettre de se renouveler.
Un engagement plein de sens dans un milieu riche en tradition, en profondeur humaine, et bien intégré dans le tissu social.
Si intéressé, contactez le·a pasteur·e de votre domicile.

Les Églises réformées1Pas uniquement réformées: les catholiques, orthodoxes, évangéliques ont des soucis similaires, je crois. Mais les donnes sont un peu différentes. historiques meurent2Il y a un déni de réalité assez phénoménal sur ce point dans certaines paroisses et régions. Le but de cet article n’est pas de justifier cette thèse. Pour anticiper des critiques stériles, je précise: mourant ≠ mort. Cette affirmation ne nie pas toutes les belles étincelles de vie que l’on trouve partout dans les Églises réformées., pour cause de stérilité. Elles n’enfantent presque plus: de moins en moins de baptêmes, de catéchisme, de familles, de jeunes ministres. Les quelques « enfants » qui arrivent ne restent souvent pas longtemps. Les paroisses vieillissent sans parvenir à se renouveler.

Contrairement à une idée répandue dans ces Églises, pour sortir de cette situation, il ne faut pas plus de jeunes, ou de jeunes familles. Il y en aurait encore largement assez pour permettre à l’Église de redevenir fertile.

Non, pour survivre, les Églises historiques vieillissantes ont désespéramment besoin de plus de grands-parents.

Explications.
Puis cri du cœur.

Le rôle des parents

Le rôle des parents est de faire et d’élever des enfants. Ils veillent au bon développement des enfants en assumant le gros de la vie de famille. Et pour cela, ils sont seuls responsables des choix qu’ils prennent pour leur famille.

Le rôle capital des grands-parents

Beaucoup de jeunes parents ne survivent que grâce à l’aide salutaire des grands-parents. Selon Pro famila, plus de la moitié des petits enfants sont gardés par leurs grands-parents pendant l’activité professionnelle des parents.3Pro familia, Guide des familles, « Grands-parents ». Garde des enfants, aides pratiques, sages conseils. Amour inconditionnel. Loué soit Dieu pour les grands-parents!

En devenant parents, les enfants offrent la possibilité à leurs parents de devenir grands-parents. En acceptant de devenir grands-parents, les parents aident leurs enfants à être parents.

Si la relation parents–grands-parents est extrêmement féconde et nécessaire, elle est aussi très fragile. Certaines attitudes de part et d’autre peuvent facilement la détruire. Notamment (mais pas uniquement), si les grands-parents veulent rester parents: faire l’éducation des petits-enfants à la place des parents, prendre des décisions pour eux, donner des conseils et des avis non-sollicités. Dans ces cas-là, bien souvent les parents coupent simplement le lien avec les grands-parents. C’est une question de survie pour elleux.

Les grands-parents — et la pilule n’est pas facile à avaler — n’ont pas leur mot à dire dans l’éducation des enfants (leurs petits-enfants). Ils ont eu leur temps pour élever les parents actuels. Les grands-parents n’ont pas de « droit » sur leurs petits-enfants4Dans le droit suisse, les grands-parents sont assimilés à des tiers. Ils n’ont un droit de visite que si 1. il y a des circonstances exceptionnelles, et 2. c’est clairement dans l’intérêt des petits-enfants. Cf. Code civil suisse, art. 274a., et n’en ont plus sur leurs enfants qui sont devenus adultes. Leurs responsabilités est de faire de la place, et — s’ils le souhaitent — d’aimer et soutenir.

Autrement dit, les grands-parents doivent « mériter » l’influence qu’ils peuvent exercer sur les parents et les enfants. Par leur bienveillance, leur écoute, leur capacité à démontrer qu’ils veulent sincèrement le bien-être des enfants.

Et s’ils sont de bons grands-parents, bienveillants, capables de lâcher prise et faire de la place, s’ils ont un bon héritage auquel les parents aspirent — ils peuvent être confiants que les parents vont les solliciter: pour de l’aide, de sages conseils, du soutien. De l’amour. C’est une question de survie pour elleux.

Quand les parents refusent de devenir grands-parents

Et c’est là que le bât blesse souvent dans les Églises réformées historiques. Beaucoup de parents restent dans une posture de parents: ils veulent encore décider pour la génération suivante. Ils restent des grands parents, mais ne deviennent jamais des grands-parents.

Dans ce contexte, les enfants qui cherchent à devenir parents — des adultes responsables capables d’enfanter, de porter du fruit — ne trouvent pas de place. La seule place qui leur est offerte est de rester enfants. Résultat: iels coupent la relation, et partent dans un environnement plus accueillant. Iels vont enfanter ailleurs. Et iels n’ont pas le choix, c’est une question de survie pour elleux.

NB: pour celleux qui n’ont pas saisi la dimension métaphorique des propos, il n’est pas réellement question ici d’enfants, de parents, de grands-parents ou d’enfanter. Ce n’est pas une question d’âge, ou de reproduction biologique. Mais de posture relationnelle.

Grâce à Dieu, il y a quelques grands-parents formidables dans les Églises historiques. Parfois ce sont des ministres, parfois iels sont dans les lieux de pouvoir, parfois ce sont de « simples » paroissiens. Parfois iels sont âgés, parfois iels sont jeunes. De manière générale, vous pouvez être sûr que si des enfants s’impliquent à un endroit au point de devenir parents et porter du fruit, c’est qu’il y a des grands-parents dans le coin. Merci à elleux, iels font vivre l’Église !

Les fils de l'homme
Dans Les fils de l’homme, quand l’humanité devient stérile, elle a la décence de sombrer dans le chaos. Quand l’Église devient stérile: elle continue comme si ce n’était pas important.

Malheureusement, de mon expérience — partagée par beaucoup trop d’autres enfants qui cherchent à devenir parents dans les Églises historiques5Mais pas uniquement les Églises. Beaucoup d’associations et institutions vivent des crises similaires. Il y en a eu à travers tous les âges — la Bible en est pleine — et il y en aura encore. La situation des Églises historiques n’ont rien d’extraordinaires à cet égard — si ce n’est qu’elles ont un héritage tellement puissant dans ce domaine qu’on s’attendrait à autre chose de leur part. —, beaucoup des parents actuellement en situation de pouvoir n’arrivent pas à passer à la posture de grands-parents. Certain·e préfèrent que les enfants restent enfants — voire même quittent l’Église — plutôt que de les voir devenir des parents. Allez savoir pourquoi.

À moins que les parents actuels ne passent rapidement dans une posture de grands-parents pour faire de la place aux nouveaux parents, l’Église restera stérile. Et elle finira par mourir.

Au contraire, si les grands parents actuels arrivent rapidement à faire de la place aux nouveaux parents qui arrivent, l’Église redeviendra peut-être fertile.

Un cri du cœur pour les parents actuels qui ont fait leur temps

Chers parents des Églises historiques,

MERCI de nous avoir enfanté, éduqué, d’avoir supporté nos âneries et nos caprices, et d’avoir réussi à nous transmettre quelque chose du merveilleux trésor de l’Évangile de Jésus-Christ.

Nous sommes à une étape critique de la vie de l’Église, et je crois que vous avez un rôle capital à jouer. Je ne peux pas vous forcer à jouer ce rôle, bien sûr. Et je ne suis personne pour vous conseiller de le prendre. Mais je vous en supplie: prenez-le avant qu’il ne soit trop tard.

Nous vous offrons une opportunité formidable: celle de devenir des grands-parents. Nous avons terriblement besoin de vous. Nous avons besoin de vos conseils, de votre sagesse, de votre expérience, de votre bienveillance, de votre aide, de votre amour.

Mais nous avons aussi besoin de place; d’avoir le droit de tenter des choses et de faire des erreurs; de prendre des responsabilités et des risques; d’être impliqués dans les processus et d’être entendus; de proposer de nouvelles méthodes et approches.

Alors s’il vous plaît, acceptez que les choses changent. La culture change, les méthodes d’éducation changent — l’ecclésiologie et la missiologie (la manière de vivre l’Église et la mission) changent aussi.

Les mots, les rythmes, les formes — la coquille — changeront peut-être. Mais le fond, le sens, la puissance — l’amande — c’est la même que celle que vous nous avez fait goûter: le Christ.

Acceptez que votre rôle et vos responsabilités changent.

Lâchez prise.
N’ayez pas peur.
Faites confiance.

Vous n’êtes pas menacés par l’arrivée de la génération suivante. Leurs tentatives qui se soldent en échecs ne sont pas des menaces pour vos réussites — elles s’appuient sur vos acquis. Leurs réussites ne sont pas des critiques de vos échecs — ce sont aussi vos réussites, puisque sans vous iels ne seraient pas là où iels en sont.

Personne ne vous volera votre place — personne d’autre que vous ne peut la prendre. Nous voulons simplement prendre la nôtre. Et pour ça vous devez prendre la vôtre. 

L’Église de Jésus-Christ est assez grande pour nous tou·te·s.

11 commentaires

  • EXCELLENT 👌 et tout à fait d’accord.
    Il faut espérer que ceux et celles qui devraient lire cet article le liront… « l’espoir fait vivre !  » comme on dit…

    Belles fêtes de fin d’année Olivier, pour toi et les tiens 🤗

  • Merci Olivier
    peut-être que le saut générationnel s’est accéléré ces dernières décennies avec l’accélération du monde. Raison pour laquelle, certains grands parents peinent à intégrer les nouveautés qui surgissent avec les générations suivantes et à leur faire confiance. notamment les mode de communication ont tellement évolué que c’est pas évident de se faire entendre comme grand-parent.
    Peut-être qu’aussi de nombreux parents actuels ne sont plus dans l’Eglise. Raison pour laquelle des grands parents ne savent pas à qui exactement laisser la place.
    Mais globalement, pour ceux qui sont encore là, je trouve ta réflexion très stimulante.
    Je recommande aussi sur le sujet, l’excellent article « psycho » paru cette semaine dans l’Echo-Magazine

    • Hello Marc,

      Merci pour tes réflexions.

      Sur le monde qui évolue vite, c’est un fait, et cela complique les choses. Cela dit, si cela explique certaines attitudes, cela ne les excuse pas. Ce n’est pas parce que je comprends pas quelque chose que je ne doive pas faire confiance à celles et ceux que le comprennent. Quand je faisais de la prévention dans les écoles autour de l’addiction, on arrivait avec la posture: *nous* sommes experts sur les substances et mécanismes d’addiction, mais *vous* êtes experts sur l’adolescence et ses fonctionnements et modes de communications actuels. (Même si javais 15 ans de plus à peine, c’était déjà un autre monde que celui que j’avais connu.) Et donc on *doit* construire ensemble, en faisant confiance à l’expertise de l’autre.

      Quant au fait qu’il n’y a personne à qui laisser la place… Cela peut parfois être une excuse. Ce que j’ai observé par endroit, c’est justement que c’est parce qu’on ne fait pas une *vraie* place que les gens finissent par partir. Genre un conseil de paroisse où on invite un jeune pour montrer qu’on est ouvert, mais le fonctionnement et les attitudes et préoccupations ne changent pas. Le jeune doit s’adapter ou se taire. « Deviens comme nous, ou barre toi. » Ou alors les conseillers qui partent du conseil mais pour aller dans la commission de gestion, et qui contrôlent les choses depuis là. Ou la manière dont certains collègues proches de la retraite traitent certains collègues proche de leur formation (je ne pense pas uniquement à mon cas): ce n’est pas que les gens ne sont pas là, c’est qu’on aime pas les gens qui sont là, parce qu’ils ne sont pas assez comme nous. Parfois en tout cas, mais certainement pas partout 🙂

      Merci pour la référence, je vais essayer de trouver ça.

      Amitiés !

  • Merci Olivier. Excellent, comme toujours! J’ajouterais qu’il y a un vrai problème en Église pour la gestion des fins.

    Une activité «doit» s’arrêter (changement sociologiques, baisse des forces, n’intéresse plus, etc.) mais personne ne veut décider. Les grands-parents la portent à bout de bras. Ils ne veulent pas lâcher maintenant alors que ça fait 20 ans qu’ils tiennent. Ils s’accrochent. Personne ne veut les aider. Mais si la proposition avait été faite d’arrêter, tout le monde aurait été soulagé. Encore fallait-il en parler, honnêtement, franchement. Juste en parler.

    Et quand les «vieux» (ceux de l’exemple ci-dessous) arrêtent. Qu’on les remercie vraiment. Que l’on dise que ça a été bien, que ça valait la peine, etc. Tant de frustrations évitables, de «mercis» tacites (qui n’en sont donc pas…) et de disparitions en silence. 

    Courage & confiance, toujours…

    • Clairement !

      C’est comme si on avait viré la notion d’éternité de notre théologie pour la retrouver dans nos engagements et nos projets !

      Et comme tu le dis, libérer un peu la parole en toute simplicité enlèverait bien des frustrations…

      Merci, à bientôt !

  • Bonjour, je suis dubitatif pour les propositions. Vous faites bien des efforts pour aider de nouvelles personnes pour rejoindre vos communautés, mais je crains que vous n’avez pas les outils culturels adaptés. Ne vous faites pas de soucis, les frères évangéliques sont dans le même pétrin. Ils ferment aussi des églises! Je suis père et grand-père, donc j’ai un peu de l’expérience dans les questions de transmission de la foi à la jeune génération. On n’a toujours pas saisi que nous sommes dans un bouleversement aussi important que du temps de la Renaissance, mais aujourd’hui on ne donne plus qu’à des bières le nom de « Calvinus ».
    https://www.eglise-numerique.org/2020/01/pourquoi-nos-ados-et-jeunes-ont-ils-de-la-peine-a-suivre-le-culte.html

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